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Mercredi 28 octobre 2009

Article écrit par Catherine Halpern,
paru dans la revue Sciences Humaines

À la conquête de soi

L’identité ne s’impose en rien comme une évidence. Ce « je » qui nous file sans cesse entre les doigts n’est pas à exhumer mais à conquérir.

« Deviens celui que tu es. » Tel est le mot d’ordre du philosophe Friedrich Nietzsche. La formule, qu’il emprunte au poète grec Pindare, est belle mais intrigante. Elle marque une non-adéquation : loin d’être d’emblée moi-même, je suis d’abord un être à construire. Contre une tradition philosophique qui fait du sujet une substance, unique, permanente, constante, Nietzsche n’a de cesse de montrer qu’il est au contraire pluriel, en perpétuel devenir, le lieu de conflits intérieurs, conscients et inconscients. « Deviens celui que tu es » n’a rien à voir avec le simpliste « Be yourself » et le naïf culte de l’authenticité tant vantés par les slogans publicitaires. L’identité n’est pas déjà là, à exhumer simplement. Elle se conquiert. Il ne s’agit pas de tenir pour rien ce dans quoi chaque être humain est pris : un corps, une histoire, des relations familiales, des valeurs sociales, des prescriptions morales qui tout à la fois nous construisent et nous entravent. 

Contraintes et créativité

Devenir soi-même n’est pas la simple acceptation d’un destin, mais l’affirmation de la créativité que peut déployer chacun d’entre nous dans son existence. Il ne s’agit pas de faire l’apologie de la volonté. Cela suppose de comprendre ce qui nous détermine, c’est-à-dire à la fois ce qui nous contraint et nous définit. Je n’ai pas choisi mon corps, mon sexe, ma famille, la société et l’époque dans lesquelles je vis. Mais c’est à partir d’eux que je me construis. « Mais nous, énonce Nietzsche avec emphase, nous voulons devenir ceux que nous sommes, les nouveaux, ceux qui n’adviennent qu’une seule fois, les incomparables, ceux qui se donnent à eux-mêmes leur loi, ceux qui se créent eux-mêmes ! 

Et il nous faut pour cela devenir ceux qui excellent à apprendre et découvrir tout ce qu’il existe de loi et de nécessité dans le monde : nous devons être physiciens pour pouvoir être, en ce sens, créateurs, alors que jusqu’à présent toutes les évaluations et tous les idéaux étaient construits sur l’ignorance de la physique ou en contradiction avec elle. » (Le Gai Savoir) Cette « physique » ne doit pas être comprise au sens restreint du terme : elle renvoie aux déterminations tant corporelles, psychiques que sociales, qui loin de s’opposer à la liberté d’être soi constituent ce dont il faut partir et qu’il faut comprendre. 

Articuler à la fois ce qui détermine l’individu en société et la créativité qu’il peut déployer, telle est la voie qu’explorent les travaux de deux sociologues aux projets distincts mais qu’il est éclairant de rapprocher. Vincent de Gaulejac dans un récent ouvrage, Qui est « je » ? (Seuil, 2009), s’attache à montrer comment le sujet advient, se construit à partir d’un déjà-là. Il s’appuie sur l’analyse d’histoires de vie, telle celle de Mireille . A travers une temporalité longue, elles donnent à voir des trajectoires différentes, complexes dans lesquelles chaque sujet à sa manière se débat, tente de se définir, de faire des choix, de se construire. V. de Gaulejac rappelle une donnée fondamentale : nous venons au monde assujetti, dépendant en particulier de notre famille et de la société. Mais on aurait tort de voir dans cet état de fait une simple entrave. En réalité, ces déterminations nous constituent, nous définissent. C’est sur elles que nous nous adossons comme l’enfant s’appuie sur l’attachement qui le lie à ses parents pour devenir autonome. Refusant les barrières disciplinaires, V. de Gaulejac depuis de longues années défend une « sociologie clinique » qui « conduit à se mettre à l’écoute du vécu, à considérer que l’exploration de la subjectivité, consciente et inconsciente, est nécessaire à la connaissance des phénomènes sociaux, que le chercheur est impliqué dans ses objets de recherche, que la sociologie a pour objet l’exploration de la dimension existentielle des rapports sociaux. (…) Le social et le psychisme se nourrissent l’un de l’autre en permanence de façon indissociable. Nous avons le plus souvent affaire à des phénomènes sociopsychiques » (Qui est je ?). Ce faisant, il brouille les frontières entre sociologie et psychologie.

Jean-Claude Kaufmann lui aussi entend nourrir sa réflexion sociologique en puisant dans la psychologie et le vécu des individus. Dans son livre Quand Je est un autre(Armand Colin, 2009), il cherche à comprendre plus finement ce qui se passe quand nous faisons des choix ou que nous n’en faisons pas, quand nous nous imaginons autres que nous sommes, que nos vies bifurquent. Tandis que V. de Gaulejac s’attachait à des trajectoires, il s’attache à des moments plus délimités, tel le premier matin où il s’interroge sur ce qui conduit un individu après une nuit d’amour à faire ou non le choix d’une vie à deux. Ou des comportements qui sembleraient anodins comme les agacements conjugaux qui émaillent le quotidien et font basculer la perception que l’on peut avoir de sa compagne ou de son compagnon. 

Une identité fragile 

A la suite de nombreux sociologues, il estime qu’une rupture s’est produite dans les années 1960 inaugurant une « seconde modernité » marquée par une plus grande réflexivité des individus, qui se posent mille et une questions, font des choix, tentent de définir leur existence. La vie en ce sens serait moins qu’avant dictée par les traditions et les institutions. L’identité individuelle n’est pas ce que nous croyons : elle est changeante, fragile, en perpétuelle recomposition, s’attachant à recoller des morceaux qui sans cesse se dispersent. 

J.‑C. Kaufmann et V. de Gaulejac refusent l’alternative entre déterminisme et liberté. Ils refusent tout autant l’idée d’une déprise totale de l’individu qui serait « agi » par ses gênes, son histoire familiale ou sa position sociale, que celle d’un sujet libre de s’inventer comme il l’entend, dégagé de toutes entraves, pour lequel tout est possible et simple à condition de volonté.

Devenir celui que je suis n’est pas une promenade de santé. C’est un processus long, parfois douloureux, qui implique des ruptures, des renoncements. Loin d’une vision enchantée portée trop souvent par les apôtres du développement personnel, il met à jour la complexité de chacun, ses contradictions, ses tiraillements, ses doutes… et parfois ses errements."

 
Par SoPhie
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Mardi 29 septembre 2009




En un clic, le concept, le programme:

link


Centre Pompidou Metz,
visite nocturne, octobre 2009.
Quelques mois d'attente encore,
et l'art contemporain
ne quittera plus cette ville.




Par SoPhie
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Vendredi 28 août 2009


Au printemps dernier je ramassais au milieu de la route notre "Pépère" chat,
depuis trois ans il venait manger dans notre jardin,
dormait dans un coin aménagé dans le garage,
et c'en était fini, une voiture venait de le tuer.
Vieux barroudeur, il s'était laissé caresser une ou deux fois,
et représentait pour nous une certaine forme de liberté,
photographié derrière la fenêtre alors que nos chats ne sortent pas,
trop de dangers entre les gens qui ne les aiment pas dans ce quartier,
et malheureusement les voitures qui ne freineront pas...
Je l'avais juste posé sur le trottoir, rien sur le moment pour l'emporter.
Quatre heures plus tard, passants et riverains n'avaient rien fait,
juste sorties leurs poubelles à ses côtés, juste enjambé avec indifférence,
raidi par la mort je l'ai mis dans un carton, incapable de le laisser là.
Le lendemain je traversais la ville, le véto appellerait la fourrière.

Ce matin un jeune chaton noir a subi le même sort à trois rues d'ici,
j'ai bien cru qu'il s'agissait de celui qui vient depuis une semaine
grignoter des croquettes et boire un peu de lait sur la terrasse...
Pas moyen de l'approcher, il saute comme un cabri et ne devait pas vivre vieux.

Mais ce n'était pas lui, notre chaton est revenu cette nuit,
et il dort dans la chaufferie, l'ai attrappé non sans me faire griffer la main!
Pas content du tout, mais à l'abri des bolides qui ne ralentissent jamais.

Les deux "filles" de la maison ont-elles l'intention de le materner?
Allons-nous le garder? N'en sais rien à l'heure qu'il est.
Bref, si vous connaissez quelqu'un qui aimerait ce chaton,
il est noir aux yeux verts, avec un plumet blanc au bout de la queue,
et trop petit pour survivre à la rue. N'hésitez pas longtemps!
Il ressemble un peu à celui-ci, mais se cache pour l'instant des paparazzi!




P.S.: dès demain véto, une tique sur la tête, et je ne sais pas les enlever!

Bises et bonne nuit.
Par SoPhie
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Lundi 29 juin 2009


LE CHOEUR - "Et voilà. Maintenant le ressort est bandé. Cela n'a plus qu'à se dérouler tout seul. C'est cela qui est commode dans la tragédie, on donne le petit coup de pouce pour que cela démarre, rien, un regard pendant une seconde à une fille qui passe et lève les bras dans la rue, une envie d'honneur un beau matin, au réveil, comme de quelque chose qui se mange, une question de trop qu'on se pose un soir... C'est tout. Après, on n'a plus qu'à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul. C'est minutieux, bien huilé depuis toujours. La mort, la trahison, le désespoir sont là, tout prêts et les éclats, et les orages, et les silences; tous les silences: le silence quand le bras du bourreau se lève à la fin; le silence au commencement, quand les deux amants sont nus l'un en face de l'autre pour la première fois, sans oser bouger tout de suite, dans la chambre sombre, le silence quand les cris de la foule éclatent autour du vainqueur - et on dirait un film dont le son s'est enrayé, toutes ces bouches ouvertes dont il ne sort rien, toute cette clameur qui n'est qu'une image, et le vainqueur, déjà vaincu, seul au milieu de son silence...
C'est propre, la tragédie. C'est reposant, c'est sûr... Dans le drame, avec ses traîtres, avec ses méchants acharnés, cette innocence persécutée, ces vengeurs, ces terre-neuve, ces lueurs d'espoir, cela devient épouvantable de mourir, comme un accident. On aurait peut-être pu se sauver, le bon jeune homme aurait peut-être pu arriver à temps avec les gendarmes. Dans la tragédie on est tranquille. D'abord, on est entre soi. On est tous innocents en somme! Ce n'est pas parce qu'il y en a un qui tue l'autre et l'autre qui est tué. C'est une question de distribution. Et puis, surtout, c'est reposant, la tragédie, parce qu'on sait qu'il n'y a plus d'espoir, le sale espoir; qu'on est pris, qu'on est enfin pris comme un rat, avec tout le ciel sur son dos, et qu'on n'a plus qu'à crier, - pas à gémir, non, pas à se plaindre - à gueuler à pleine voix ce qu'on ne savait peut-être pas encore. Et pour rien: pour se le dire à soi, pour l'apprendre, soi. Dans le drame, on se débat parce qu'on espère en sortir. C'est ignoble, c'est utilitaire. Là, c'est gratuit. C'est pour les rois. Et il n'y a plus rien à tenter, enfin!"



Lise qui voudra,
en pense ce qu'on voudra,
c'est cet extrait d'Antigone de Jean Anouilh
sur la description de l'univers de la tragédie,
lignes difficiles révélant une ou des vérités complexes,
c'est donc cet extrait qui me parle et donne sens à cette vidéo,
montage d'extraits de concerts,
comme pour mieux annoncer ceux qui n'auront jamais lieu,
même si les places se sont arrachées et si les fans y ont cru,
bref, drame ou tragédie... illusion théâtrale ou réalité,
  il demeure the "King of pop".





Par SoPhie
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Mardi 23 juin 2009



Puisque je viens de terminer la correction des copies sur ce sujet,
si celui-ci vous interpelle, voici un article à méditer, en lien direct:

Les négateurs des chambres à gaz, par Jean-Pierre RIOUX






Par SoPhie
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Jeudi 18 juin 2009

Alors cette matinée?
Racontez-moi!



Dès demain matin je récupère "mes" copies,
sans oublier la "réunion d'entente" entre correcteurs de série littéraire,
mais je suis satisfaite des trois sujets, j'espère que vous aussi!
un sur trois a-t-il fait votre "bonheur"?



Seules inquiétudes: la météo et le champ!
En effet, si je suis les instructions qui figurent sur ma convocation,  entre le parking et son "espace réservé aux enseignants convoqués pour les remises de copies" et mon paquet de copies, je dois emprunter l"'Accès à l'établissement à travers le champ, par temps sec"!!! C'est écrit noir sur blanc, je n'invente rien!!! Aller et retour!!!

Et cette nuit il PLEUT!!!


Par SoPhie
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Vendredi 29 mai 2009


Entretien avec Eric Debarbieux, Professeur de sciences de l’éducation à l’université Bordeaux-II, il dirige l’Observatoire européen de la violence à l’école, laboratoire de recherche sur les phénomènes de violences scolaires et urbaines. Ce laboratoire travaille en partenariat avec de nombreux pays – Suisse, Brésil, Pologne, Canada, Mexique, Argentine, etc. – et produit des enquêtes comparatives auprès de nombreux pays des cinq continents. Il vient de publier Violence à l’école. Un défi mondial ?, Armand Colin, 2006. Le prochain congrès mondial sur les violences scolaires se tiendra en 2008 à Lisbonne.

C’est à partir de très nombreuses enquêtes de terrain, réalisées partout dans le monde, qu’Éric Debarbieux dresse un tableau des violences scolaires et, surtout, des conditions qui les développent ou les font reculer.

Dans votre dernier livre, vous vous érigez contre un discours démagogique autour de la violence scolaire…

C’est effectivement le tout premier défi de la violence à l’école : partout dans le monde, on utilise quelques faits divers isolés pour dresser le constat d’une école à feu et à sang et proposer les solutions les plus simplistes et populistes comme remède : le tout répressif, le rejet des jeunes des quartiers populaires, la sempiternelle accusation d’un laxisme des parents… Il faut rappeler qu’au Brésil par exemple, Lula a été élu avec la tolérance zéro…
Face au piège de l’exagération se trouve celui, inverse, de la négation : « Après tout, ce n’est pas si grave, la violence scolaire existait déjà du temps de la guerre des boutons ! » Pour moi, c’est un autre politiquement correct consistant à minimiser la réalité pour ne pas faire le jeu des politiques sécuritaires, ne pas entacher la réputation des établissements scolaires, etc.
Quand survient un fait dramatique (une fusillade collective aux Etats-Unis, une professeure poignardée en France…), il est normal de le dramatiser : la position intenable est de la banaliser, c’est alors une sorte de mépris de la victime… Mais il faut souligner que les faits divers les plus dramatiques et spectaculaires restent extrêmement rares. Même aux Etats-Unis, où l’on se réfère souvent au massacre de Colombine, la violence dans les écoles par les armes à feu est en diminution depuis 1993. En revanche, il existe une violence banale que ces focalisations sur des actes spectaculaires nous empêchent de voir.
Je pense que pour pouvoir coller au plus près de la réalité de la violence scolaire, il ne faut ni exagération ni négation, que ce soit dans la description, le recensement, l’explication des faits violents, ou l’intervention qui s’en suivra.

Certes, mais comment se faire une idée de la réalité ? Un rapport des renseignements généraux mentionne par exemple une augmentation de la circulation des armes à feu dans les établissements scolaires français… Cela fait peur !

Oui, ça fait peur et c’est fait pour cela ! Le rapport des RG est un exemple d’utilisation abusive de la statistique publique destiné à muscler le discours. On sait que la statistique publique sur la délinquance en général mesure le degré de connaissance que les services de l’Etat ont de cette délinquance. Tous les criminologues connaissent bien ce paradoxe que plus les services de police font leur travail, plus la délinquance paraît augmenter ! De même à l’école, plus on manifeste une volonté de connaître tous les incidents violents, plus ils s’avèrent nombreux.
C’est pourquoi, plutôt que de s’appuyer sur ces statistiques, il faut procéder à des enquêtes de victimation auprès des personnes concernées sur les dommages réellement subis. Notre observatoire procède le plus régulièrement possible depuis 1993 à ce type d’enquêtes dans les écoles de France : des indicateurs mesurent par des questionnaires auprès des élèves et des adultes le climat scolaire de l’établissement, le sentiment d’insécurité, la fréquence et l’intensité des violences.
Ces enquêtes de victimation montrent globalement une stabilité de la violence scolaire. Mais ces moyennes masquent des disparités très fortes, voire certaines violences dramatiques, particulièrement dans les établissements situés dans les zones d’exclusion, les quartiers dits « sensibles », où enseigner et apprendre est devenu très difficile depuis une dizaine d’années.
Le problème de fond de la violence à l’école, ce sont plutôt les microagressions – moqueries, insultes, bagarres, vols, rackets… – qui sont à prendre au sérieux lorsqu’elles se répètent sans cesse et sont toujours dirigées vers les mêmes (le plus petit, le plus gros, l’élève stigmatisé pour sa couleur de peau…). C’est alors que peuvent se développer des sentiments d’insécurité et de perte d’estime de soi qui peuvent aller très loin. Les Anglo-Saxons appellent cela le « school bullying », c’est-à-dire des formes de harcèlement et des brutalités entre pairs. Et les recherches ont établi des corrélations entre les tentatives de suicide à l’adolescence et ces formes de harcèlement précoce. Même si l’on constate une augmentation très préoccupante de la haine pour le professeur, les premières victimes de la violence scolaire sont majoritairement les élèves qui sont aussi les plus « victimiseurs »…

Cette violence est-elle selon vous importée dans l’école par les problèmes des sociétés contemporaines, ou spécifique à l’institution scolaire ? Autrement dit, est-on dans le modèle de la « forteresse assiégée » ou dans celui d’une institution qui générerait la violence ?

Toutes les études, notamment américaines, montrent que les causes de la violence sont extrêmement multiples, avec des risques accrus par l’exclusion sociale, notamment dans les quartiers les plus sensibles. Dans tous les cas, il existe une combinaison de facteurs : familiaux, socio-économiques, liés à la position des minorités et, également, à la personnalité des enfants violents. Mais il n’existe aucun déterminisme absolu qui générerait un handicap « socioviolent » : on peut être noir, de famille monoparentale dont la mère est au chômage, vivant dans un quartier difficile sans pour autant développer une quelconque violence…
De son côté, l’école peut, elle aussi, produire de la violence. C’est ce qui se passe par exemple, lorsque la répartition des élèves engendre de véritables « classes-ghettos ». Certaines recherches présentent même les facteurs scolaires comme les plus déterminants. Ces facteurs sont liés à l’organisation des établissements, au mode de nomination des enseignants et à la stabilité des équipes, et aux pratiques pédagogiques.

Dans vos travaux, vous avez comparé les différentes modalités et programmes mis en œuvre pour faire reculer la violence à l’école. Quelles conclusions peut-on en tirer ?

A partir des enquêtes de victimation, on sait qu’il existe une très forte corrélation entre climat de l’établissement et violence scolaire. Que ce soit dans les quartiers les plus difficiles, de très grande pauvreté et de très fort exil, en Angleterre comme en France, dans les bidonvilles de Ouagadougou ou de Rio de Janero, le système d’organisation de la vie scolaire s’avère extrêmement important. Même sans politique publique très forte, certains établissements parviennent, par des actions volontaristes, à faire reculer la violence.
La première condition pour cela est la stabilité des équipes éducatives et la manière dont elles se gèrent. Il n’existe pas de possibilité de travailler contre la violence scolaire avec des équipes instables ou qui ne s’entendent pas. Les enseignants isolés sont impuissants. A ce sujet, le mode français de nomination, qui consiste à envoyer de jeunes professeurs, pour leur premier poste, à 500 ou 600 kilomètres de chez eux dans un établissement de banlieue, sans parfois aucun réseau social autour ni aucune équipe constituée, est criminogène !
En général, la violence tombe sur des personnes isolées : l’enfant qui n’appartient pas au quartier, à un groupe constitué, y compris ethnique ; l’enseignant parachuté qui arrive dans une école où il n’existe pas de travail d’équipe… C’est la théorie de la disponibilité des cibles, bien connue des criminologues, qui fait que les individus isolés sont plus facilement visés.
D’où l’importance d’un climat convivial dans les écoles, d’un sentiment d’appartenance à un groupe partageant des valeurs communes pour les élèves comme pour les adultes. Il existe par exemple en Espagne des programmes de « conviviencia escolar » qui ont fait reculer très sensiblement la violence par la diminution de l’isolement des élèves : cela peut paraître banal, mais certains projets pédagogiques – organisation de fêtes scolaires, activités comme la réalisation d’une pièce de théâtre, pédagogie coopérative où les élèves prennent part aux décisions – sont pour cela très efficaces…

Et au niveau des politiques scolaires ?

D’une part, les vastes plans nationaux qui lancent de beaux mots d’ordre (« nous allons restaurer l’autorité »…) sont la plupart du temps inefficaces. Pour reprendre l’expression d’Egide Royer, directeur de l’Observatoire canadien pour la prévention de la violence à l’école, « on n’a pas besoin de prêt-à-porter mais de cousu main ».
Les programmes nationaux peuvent avoir des résultats lorsque les acteurs locaux s’approprient ces initiatives pour les adapter à leur terrain. C’est ainsi que lorsqu’en France on a créé les emplois jeunes, certaines équipes d’enseignants se sont mobilisées pour donner de vrais profils de postes à ces emplois, et non pour avoir des surveillants supplémentaires : par exemple, dans les écoles primaires, ils ont été employés pour faire du soutien personnalisé selon les besoins des enfants.
D’autre part, on sait que les approches en fonction des facteurs de risques, l’usage des thérapies comportementales ou cognitives sont objet de méfiance dans le débat français. Pourtant, les méta-analyses montrent que certaines interventions centrées sur les comportements ont une efficacité réelle. Elles doivent pour cela s’appuyer sur l’encouragement et non sur la répression : les camps de rééducation, voire les camps militaires pour certains délinquants, les leçons de morale, tout ce qui ressort d’une approche pavlovienne ne fait pas reculer la violence des jeunes. En revanche, l’usage des thérapies cognitives peut faire changer les comportements. Comme par exemple le programme d’intervention précoce sur les crises de colère.
Encore une fois, toutes ces actions réussissent lorsqu’il existe au sein des établissements une volonté de l’équipe éducative dans son ensemble. En France, il faut bien dire que l’on est confronté à un problème très franco-français, qui est la difficulté des enseignants à travailler en équipe et le refus du travail pédagogique dans le second degré. Rappelons que le tiers du temps d’un enseignant anglais est consacré à des tâches d’encadrement, de travail pédagogique en équipe, de suivi individuel des élèves hors des heures de cours proprement dites. Lorsque Philippe Meirieu, sous le ministère Allègre, avait voulu simplement instaurer du tutorat méthodologique (aider les élèves à mieux apprendre), il s’est mis à dos – et pour longtemps – des milliers d’enseignants !
On ne peut que déplorer le vent antipédagogiste qui souffle sur la France depuis quelques années et fait reculer toutes les initiatives que j’ai évoquées. Actuellement, le succès d’un livre comme La Fabrique du crétin (Gawsevitch, 2005), ce pamphlet rétrograde contre la pédagogie qui se vend à des milliers d’exemplaires, atteste de ce climat. Et la formation des jeunes enseignants est dramatiquement dépourvue de tous les aspects pédagogiques du métier qui devraient accompagner la transmission des savoirs, particulièrement auprès des publics difficiles…

Même dans des pays où sévit une forte violence de la rue, vous montrez que l’école peut parfois être un relatif îlot de paix protégé par les habitants du quartier…

Dans les favelas de Rio tout comme en Afrique, on a pu constater une forte adhésion des élèves à leur école et à leurs enseignants, et un lien entre la communauté et l’école : les habitants du quartier, outre les parents, circulent librement dans les établissements, s’installent dans la cour…
L’impact des communautés de voisinage est d’ailleurs attesté dans certaines expérimentations anglaises pour faire reculer la violence. Aux Etats-Unis, il existe un mouvement dit des « petites communautés » qui consiste à restaurer le lien quartier- école. Il ne s’agit pas de communautarisme mais plutôt de lien social, à l’opposé d’une tendance qui consiste à écarter les familles de l’école et à les considérer comme des gêneurs… Chez nous, il faudrait une véritable révolution des mentalités pour impulser de telles pratiques ! Et les orientations actuelles, tant dans la formation des enseignants que dans les discours politiques, ne laissent pas augurer de progrès.
C’est dommage, car on possède au niveau scientifique, aujourd’hui, une somme de savoirs qui permettrait de mettre en œuvre des actions propres à améliorer le fonctionnement de nos écoles. Mais ces savoirs ne passent pas !
                                                     Propos recueillis par Martine Fournier



Un programme d’intervention précoce contre la colère

« Si je tape ma femme, c’est parce qu’elle m’empêche d’aller au café », affirme un alcoolique violent. « Si je le frappe, c’est parce qu’il m’énerve ! » Logique non ? La victime est coupable et a bien mérité d’être brutalisée. C’est ce type de raisonnement que les thérapies cognitives s’attachent à faire changer chez les personnes dépendantes ou violentes… Que faire, par exemple, avec ces élèves qui, en colère de façon permanente, perturbent fortement leur relation avec leur entourage et, au final, se mettent eux-mêmes en danger ?

Aux Etats-Unis, le programme de J.E. Lochmann et de son équipe (« The anger coping », expérimenté pour la première fois en 1984), destiné à contrôler les crises de colère de ces élèves – des garçons d’une dizaine d’années –, a montré une efficacité durable (repérée jusqu’à l’adolescence).
Il s’agit, dans l’optique de la vie en groupe, d’établir des règles claires, d’aider les élèves à identifier les problèmes, à rechercher des solutions alternatives à la colère en prenant conscience des conséquences personnelles et sociales de celle-ci.

Ce programme utilise des cassettes vidéo montrant aux jeunes élèves les transformations physiques durant une crise de colère et les poussant à formuler eux-mêmes les solutions. Les enfants sont ensuite invités à réaliser leur propre cassette pour mettre en scène ces solutions et proposer des pistes pour la résolution des conflits.
Martine Fournier


Quand mépris et humiliation engendrent la violence

Certaines routines scolaires relèvent d’une violence symbolique qui engendre de profonds sentiments d’injustice pour de nombreux élèves.

« Prenez une feuille : nom, adresse, profession de vos parents… » Pour Jérôme, l’humiliation commence dès le premier jour de chaque rentrée. Car cet enfant, en grande difficulté scolaire (qui sera orienté en CAP de menuiserie et deviendra décorateur de théâtre), n’est pas dupe pour autant : il sait bien que son « père au chômage » et sa « mère coiffeuse » ne vont pas lui permettre d’emporter l’estime de ses professeurs et vont même redoubler le mépris engendré par ses piètres résultats.
Nombreuses sont ces blessures narcissiques que les élèves les plus fragiles peuvent ressentir comme de véritables violences symboliques : fiche signalétique du début d’année demandée par (presque) tous les professeurs – les renseignements sont disponibles au secrétariat de l’établissement – ; rendu des copies dans l’ordre décroissant des notes, avec remarques moqueuses pour les plus faibles, voire lecture publique d’extraits particulièrement « minables » ; passage au tableau qui peut devenir un véritable « passage à tabac » lorsque l’on se fait ridiculiser devant toute la classe… L’enquête de Pierre Merle (1) recense un ensemble de ces pratiques professorales blessantes qui génèrent un profond sentiment d’injustice et laissent parfois des marques indélébiles. Il n’est pas rare que les critiques convoquent la personnalité, l’appartenance sociale ou même le physique : surnoms dévalorisants (« madame j’comprends pas » pour la fillette qui pose trop de questions, « tu ferais mieux d’aller vendre des frites au bord de la route » à l’enfant d’un restaurateur…), jugements assassins sur la personne (« morveux », « pétasse » et autres « fainéants »…). Tel aussi cet enseignant d’EPS qui s’acharnait à vouloir faire sauter en hauteur une élève particulièrement obèse, en la prenant devant les autres comme l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire…

Une responsabilité de l’institution

Existent aussi les humiliations collectives : un instituteur qui divise sa classe entre « paradis » (les bons élèves près de la fenêtre), « purgatoire » (les moyens), « enfer » (les faibles près du mur)… Certes, ce témoignage, issu des souvenirs des stagiaires de l’IUFM de Bretagne, remonte aux années 1980, et l’on pourrait espérer (sans en être certain !) qu’il n’a plus cours aujourd’hui. Mais, à l’heure de la démocratisation scolaire, les classes de niveau se sont multipliées et les pratiques de ségrégation sont légion qui font que les « mauvais élèves » se retrouvent bien souvent stigmatisés, notamment et un peu paradoxalement dans les établissements zep qui veulent conserver de « bonnes classes » à l’écart des plus perturbateurs.
Or, avance encore P. Merle, « le sentiment de rabaissement, de droits non respectés, occupe une place centrale, sinon première, dans la démobilisation scolaire ». Les élèves d’aujourd’hui interrogés dans son enquête en parlent sans détour, tantôt avec résignation, tantôt avec violence. Et il n’est pas le seul des sociologues de l’école à souligner une responsabilité de l’institution dans les phénomènes de violence. François Dubet les analyse comme « une révolte des vaincus (2) », dans un système scolaire qui valorise l’excellence et méprise les plus faibles.
A l’heure de la « démocratisation », où l’école accueille en son sein des élèves de tous milieux sociaux et de toutes cultures, à l’heure aussi où le respect et la dignité de chacun sont devenus des valeurs hautement revendiquées par les sociétés contemporaines, les pratiques humiliantes, erzats d’une tradition pédagogique qui, en France, a longtemps mis au centre de ses pratiques férules, châtiments corporels et jugements vexatoires, se révèlent moralement inacceptables et en outre contre-performantes. Pour P. Merle, la question du droit des élèves a été ces dernières années délaissée au profit de questions plus restrictives : l’ordre et la laïcité. Il est urgent, pour que la violence n’engendre pas la violence, de la remettre à l’ordre du jour.

 

NOTES

(1) P. Merle, L’Élève humilié. L’école, un espace de non-droit ?, Puf, 2005.
(2) F. Dubet, « École : la révolte des “vaincus” ? », Sciences Humaines, hors-série n° 47, déc. 2004/janv.-fév. 2005.
Par SoPhie
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Vendredi 29 mai 2009

ARTICLE paru dans le Monde, 27 mai 2009

 

 

"La Grande-Bretagne est parfois citée comme un exemple en termes de répression de la violence à l'école. "En fait, il n'y a que très peu d'écoles qui ont mis en place des systèmes comme des portiques ou des fouilles systématiques à l'entrée des établissements", tempère Frances Child, enseignante et journaliste au Daily Mail. "Il n'y a d'ailleurs pas vraiment de politiques à l'échelle nationale, chaque école essaie de régler ses propres problèmes. Le plus souvent, les écoles mettent plutôt en place des systèmes de prévention et d'écoute auprès des élèves ou des cours de gestion des émotions, de maîtrise de la colère."


Ces cours, les "Seals" ("Social and emotional aspects of learning", que l'on peut traduire par "Aspects sociaux et émotionnels de l'apprentissage") sont obligatoires dans l'école primaire où enseigne Pierre Fenner, à Hull, une ville de 250 000 habitants dans le nord-est de l'Angleterre. Chaque semaine, pendant une heure, tous les élèves (qu'ils soient sujets à problèmes ou non) apprennent à gérer leurs émotions, à travailler dans un bon esprit, à exprimer leurs problèmes et leurs inquiétudes.

 


PRIVILÉGIER LA RÉCOMPENSE À LA SANCTION


L'école de M. Fenner est située dans un quartier très défavorisé, et la plupart des enfants qui y sont scolarisés ont un de leurs parents au chômage quand ce ne sont pas les deux. "Ce sont des enfants qui parlent mal, qui voient de la violence au quotidien chez eux, qui se battent avec leurs frères et sœurs, raconte Pierre Fenner. Le père d'un de mes élèves a été arrêté deux fois par exemple. Mais grâce aux systèmes que nous avons mis en place à l'école, il n'y a pas de violence en classe."

 

Des mécanismes gradués qui, explique-t-il, privilégient l'écoute et la parole et, surtout, la récompense à la sanction. Par exemple, un système basé sur les feux tricolores. Tous les élèves démarrent au vert puis passent à l'orange à la première bêtise, pour éventuellement finir au rouge. "Quand un élève arrive au rouge, il n'y a pas de sanction-type, explique M. Fenner. On essaie de s'adapter, de faire du cas-par-cas. Avec un conseiller, on essaie de comprendre si quelque chose ne va pas chez l'enfant, dans sa famille. On peut aussi demander à l'enfant d'aller dans une autre classe pour se calmer – on demande toujours, on ne force pas – ou d'aller chez la directrice. Si aucune des méthodes ne marche, l'enfant peut aller dans un centre, qui jouxte l'école, où il travaille individuellement avec des gens formés spécifiquement pour cela. Il peut y rester un jour comme dix, tant que la situation ne s'améliore pas."

 


RÉCOMPENSES CONTRE PUNITIONS


Car l'un des points forts de l'école de M. Fenner est que personnels et enseignants sont spécifiquement formés pour faire face à des situations difficiles. Lui-même est en train d'achever sa formation de "restorative practices", une méthode qui prend le problème de la violence à l'école dans sa globalité et qui apprend des techniques concrètes aux enseignants. "Avant, quand un enfant faisait une bêtise, je disais 'Pourquoi as-tu fait ça?'. Mais, en fait, souvent, l'enfant ne sait pas pourquoi il agit comme ça. Dans cette formation, nous apprenons à poser les bonnes questions, à voir avec l'enfant comment il peut réparer sa bêtise, améliorer son comportement et ne plus être violent."


Enfin, ajoute M. Fenner, "le système des récompenses est bien plus efficace que le système des punitions". Ce jeune professeur a dans son sac tout un tas d'astuces pour pousser les élèves à bien se comporter. "J'ai toujours sur moi des petits tickets de loterie. Quand un enfant fait quelque chose de bien – même dire un simple 'merci' – je lui donne un ticket, il y écrit son nom puis le met dans un pot. Tous les mois, j'achète un petit cadeau et on tire au sort dans le pot."

                                                                                                                   Hélène Bekmezian

 

 

 

 

Par SoPhie
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Jeudi 26 mars 2009


  Ce midi, les enseignants-chercheurs des universités de la Sorbonne réunis en assemblée ont adopté le texte suivant :

Appel de la Sorbonne du 26 mars 2009

Pourquoi nous ne céderons pas

Le 2 février a commencé une grève illimitée dans les universités françaises, faisant suite à un long mouvement de protestation contre les réformes du statut des enseignants-chercheurs, de la formation des maîtres et du contrat doctoral, contre les suppressions d’emploi dans l’enseignement supérieur et la recherche, la précarisation des personnels et le démantèlement des organismes de recherche.

Huit semaines de grève plus tard, notre détermination demeure intacte. Nos principales revendications n’ont pas été satisfaites. En refusant de prendre en compte les raisons du rejet massif de ces réformes, le gouvernement nourrit chaque jour un peu plus son discrédit et met en péril, par son obstination irraisonnée, la tenue du semestre. Seul le retrait des projets en cause, l’ouverture de négociations globales avec l’ensemble des acteurs sur les réformes de l’enseignement supérieur et de la recherche, accompagnées d’un plan de relance massif, permettront de sortir de la crise ouverte depuis des mois. Ce faisant, nous ne demandons pas l’impossible, mais simplement l’établissement des conditions minimales d’un dialogue démocratique sur l’avenir des universités françaises, de leurs personnels enseignants et BIATOSS, et de leurs étudiants.

Nous ne céderons pas. Nous appelons l’ensemble des personnels de l’enseignement primaire et secondaire et l’ensemble des citoyens, à se mobiliser avec nous pour défendre l’enseignement public de la maternelle à l’université, face au projet global de régression de l’éducation et des savoirs promu par le gouvernement.

Par SoPhie
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Mercredi 25 mars 2009


Par SoPhie
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