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Chp II LE DISCOURS MEDICAL HERITE DE FREUD.
Discours psychanalytique : mère = personnage central de la famille. Troubles psychiques de l’enfant qui incombent à l’évolution sexuelle et psychologique de celle-ci. Grand-mère perturbée = mère perturbée = enfant perturbé ? Sorte de « malédiction psychopathologique » ?, fin de la responsabilité morale ? Mère « impropre », « malade » « héréditaire » ? Médicalisation du problème de la mauvaise mère, en plus des discours moralisateurs : mère méchante + malade ? « l’angoisse et la culpabilité maternelles n’ont jamais été plus grandes qu’en notre siècle qui se voulait pourtant libérateur ».
. De la petite fille à la femme normale :
1. la bisexualité originaire : similitude des comportements sexuels de la fille et du garçon au
début du stade phallique + bisexualité de la petite fille (clitoris + vagin) à surmonter. Pour le petit garçon, la résolution du Complexe d’Œdipe, « intériorisation de l’instance paternelle qui constitue le Sur-moi » est beaucoup plus simple que pour la petite fille.
« Car la petite fille, affirment Freud et ses disciples, devra non seulement apprendre à changer d’organe de satisfaction (du clitoris au vagin) mais aussi d’objet d’amour en reportant sur son père la passion qu’elle a éprouvée d’abord pour sa mère. Sans quoi elle risque de n’être jamais vraiment féminine et de voir son destin d ‘épouse et de mère menacé ».
2. vers la féminité : - nécessaire période d’identification à la mère (pré-oedipienne).
- découverte de la différence à la vue des organes génitaux de l’autre sexe = « castration ».
- triple changement : hostilité / mère ; abandon du clitoris comme source de satisfaction, passivité ; attachement pour le père.
. La triade féminine :
1.passivité propre à la nature féminine, spécificité de la femelle, comme de la femme.
2.masochisme, agressivité tournée vers l’intérieur ; attitude érotique-passive envers le père et tous les autres hommes, séducteurs qui doivent prendre les initiatives.
3.narcissisme, amour de soi-même, qui se transforme en désir d’être aimée.
« Cette théorie du masochisme féminin sert de justification a posteriori à l’acceptation de toutes les douleurs et tous les sacrifices. Si la femme est naturellement faite pour souffrir, et que, de surcroît, elle aime cela, il n’y a plus de raison de se gêner. Théorie, en cela, bien plus redoutable que la théologie judéo-chrétienne. Celle-ci dit que la femme doit souffrir pour expier le péché originel. La malédiction avait une raison morale, et la douleur physique était le prix payé pour la faute. A tout le moins on ne lui demandait pas d’aimer cela. Dans la théorie freudienne, la malédiction est biologique : une insuffisance d’organe, un manque de pénis est cause de son malheur … La femme normale aime souffrir. Celle qui n’aime pas cela et se révolte contre sa condition, n’a d’autres solutions que de sombrer dans l’homosexualité ou la névrose. Voilà donc la boucle bien fermée : si la femme refuse d’assumer sa véritable nature, masochiste, alors elle deviendra réellement malheureuse ! Pendant plus de trente ans, on ne sut quoi répondre à cela … ».
. La bonne mère : enfant = substitut du moi, c’est pourquoi la mère se sacrifie, souffre, pour lui, et doit accepter qu’il prenne son indépendance, se libère quand le moment est venu. Elle y gagne les « joies de la maternité ».
1. l’allaitement = première preuve d’amour pour son enfant, quand le bébé le désire. Sevrage vers neuf mois. Impossible de retravailler rapidement après l’accouchement !
2.
le dévouement … encore : « absolument » dévouée, elle doit y trouver son plaisir = « on atteint le sommet des
responsabilités maternelles, et, par contrecoup, aussi un sentiment diffus de culpabilité.Car, à la moindre difficulté psychologique de l’enfant, comment une mère pourrait-elle ne pas se sentir
responsable et donc coupable ? A-t-elle jamais assez donné d’elle-même ? A-t-elle toujours
trouvé son plaisir dans le dévouement pour l’enfant ? En un mot, a-t-elle été assez masochiste comme toute femme normale doit l’être ? Autant de questions qu’elle ne peut manquer de se
poser, si elle lit les magazines féminins et écoute la radio."
3. la mauvaise mère : celle qui, pour travailler, confie son enfant à une nourrice, qui développe son moi en dehors de la fonction de reproduction.
. La nécessaire distinction des rôles paternel et maternel :
1. la fonction paternelle, le « bon père » : - la mère est responsable de la bonne paternité de son mari ; - la présence paternelle peut n’être qu’épisodique, son amour contingent ; - les « pères ne peuvent être mères » ( / Pb de l’allaitement naturel > artificiel) ; - « fondamentalement », le bébé préfère sa mère ; - c’est pourquoi, le père est le déversoir de la haine de l’enfant ; - le père doit permettre à son épouse d’être une « bonne mère » ; - père = incarnation de la loi, de l’idéal, du monde extérieur / mère = symbole de la maison, du ménage ; - seule exigence : le père doit « être en vie et le rester pendant les premières années de ses enfants ».
Cette distinction radicale des rôles est fondée sur la nécessité de l’allaitement maternel. Seule la différence anatomique justifie alors le destin maternel et paternel. A discuter ?
2. le père symbolique : - relais de la filiation nominale (patronyme et insertion dans le groupe social / question des origines) ; - symbole de la loi et de l’interdiction (prohibition de l’inceste / phase oedipienne), qui « doit s’immiscer, le moment venu, dans le couple mère-enfant », relation triangulaire / deuil du désir incestueux, intériorisation de la loi paternelle qui permet l’accès au moi autonome, au sujet indépendant.
3. le père en chair et en os : lors d’émissions radiophoniques, Françoise Dolto répond aux questions de mères, mais elle s’interroge souvent sur le rôle du père : « Que fait le père ? Vous ne me dites rien de lui ! » ; « Oui, si bien que, quelquefois, on croit qu’il n’y en a pas ».
4. la présence maternelle : « Aux mères qui « deviennent enragées à s’occuper seules de leurs enfants », F. Dolto conseille de les mettre à la crèche et de travailler car « elles ne sont pas bonnes pour leurs enfants » ». Les autres mères ont-elles le droit de travailler ? Les tâches ménagères peuvent-elles être partagées avec le père ? Une allocation parentale est-elle envisageable, pour la mère, ou pour le père ?
« Mais en raison de la théorie de la distinction des rôles, les psychanalystes ont toujours refusé de cautionner ce désir (partage des tâches ménagères), qui n’est peut-être pas seulement l’apanage des femmes. Pour eux, l’indistinction des rôles est source possible de confusion et donc de perturbation pour l’enfant. C’est pourquoi ils préfèrent qu’une mercenaire se substitue à la mère de sang plutôt que le père assure une part du rôle maternel. Et, inversement, plutôt un père-bis, qu’une mère qui jouerait le double rôle. Car la loi paternelle et l’amour proprement maternel, une fois déclarés hétérogènes, doivent s’incarner de préférence dans des personnes de sexes différents »
5. la responsabilité maternelle : pour les psychanalystes, son rôle est essentiel durant les premières années de la vie de son enfant, celui du père moins. Si le père est « second », il ne peut être responsable des troubles de l’enfant, indissolublement liés à une mère pathogène, mauvaise mère, et non à un père absent, pathogène, mauvais père. C’est à la mère de suivre un traitement psychanalytique, non au père. « Pendant ce temps, le père est là ou n’est pas là, encourage ou décourage sa femme, sans qu’on ait le sentiment que c’est là autant son affaire que celle de la mère ».
6. une formidable campagne de presse :
En France jusqu’en 1978 , dans « Elle », « Le Point », « Parents », « Femme pratique », « Bonnes soirées », on peut lire que la mère doit remplir « le rôle de l’épouse gardienne du foyer, de la mère sécurisante, fontaine de douceur et d’amour » ; on la compare à « la vache qui fait preuve d’une tendresse spontanée pour son veau, ou à la chatte qui sait d’instinct donner son lait et ses caresses » ; on fustige l’égoïsme, le narcissisme, le manque de maturité de ces femmes « infantiles » qui ne veulent pas d’enfants ; on lutte pour le retour à l’allaitement maternel en affirmant que les enfants nourris au sein (jusqu’à 17 mois) s’élèvent mieux que les autres.
Cette pression idéologique défend les idées suivantes : la femme est seule responsable de l’avenir de son enfant + elle se doit d’être une « bonne-mère-à-la-maison » + elle doit sacrifier, ou au mieux, interrompre sa carrière pour s’occuper de son enfant. En résumé, la maternité justifie ce « glissement immédiat de la fonction biologique de procréation au rôle d’élevage puis d’éducation ».
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