Une nouvelle valeur: l'amour maternel.

 

 

 

 

Deuxième partie :  UNE NOUVELLE VALEUR : l’AMOUR MATERNEL.

 

 

 

Chp I   PLAIDOYERS POUR L’ENFANT.

 

 

 

. Dernier tiers du XVIIIe, révolution des mentalités / image, rôle, importance de la mère. S’inscrit-elle dans les faits ? Après 1760, publications qui « créent l’obligation pour la femme d’être mère avant tout, et engendrent un mythe toujours bien vivace deux cents ans plus tard : celui de l’instinct maternel, ou de l’amour spontané de toute mère pour son enfant ». / Nouvel impératif : la survie des enfants, c’est pourquoi les médecins les exhortent à « redonner la mamelle ». Allaient-elles, en devenant de bonnes mères, «  gagner le droit au respect des hommes, la reconnaissance de leur utilité et de leur spécificité » ?

 

 

 

. Le discours économique : dénombrement et démographie, de bonne foi mais erronés, firent croire à la dépopulation, et le problème de la conservation des enfants fut à l’ordre du jour. L’enfant prend une valeur marchande, l’homme devient  «un  être ayant un prix », producteur de richesses et garant de la puissance militaire d’un Etat. Les enfants abandonnés doivent être conservés en vie pour devenir de bons soldats, sans solde et au service de l’Etat pour indemniser les dépenses faites pour les élever, ou envoyés pour travailler et peupler les colonies ( ! ).

 

 

 

. Une nouvelle philosophie :

 

1. L’égalité : de la théorie de l’origine naturelle et divine du pouvoir paternel, à l’idée nouvelle de ses limites : notion de pouvoir parental + la nature de l’enfant, « incapable de veiller lui-même à sa propre conservation » justifie l’autorité des parents, qui doit évoluer en même temps que l’enfant (petite enfance / puberté / âge adulte). Cf. Article de l’Encyclopédie.

 

Dans le Contrat social, Rousseau écrit : « La plus ancienne de toutes les sociétés, et la seule naturelle, est celle de la famille, encore que les enfants ne restent-ils liés au père qu ‘aussi longtemps qu’ils ont besoin de lui pour se conserver. Sitôt que ce besoin cesse, le lien naturel se dissout. Les enfants exempts de l’obéissance qu’ils devaient au père, les pères exempts des soins qu’ils devaient aux enfants, rentrent tous également dans l’indépendance. S’ils continuent de rester unis, ce n’est plus naturellement, c’est volontairement, et la famille elle-même ne se maintient que par convention. »       ( Cf . explications détaillées / Cours).

 

Mais, qu ‘en est-il de la femme ? Est-elle toujours  un individu relatif défini par rapport à l’homme ?

 

Pour Montesquieu, la nature ne soumet pas les femmes aux hommes, et « l’empire que nous avons sur elles est une véritable tyrannie », seule l’éducation qu’on ne leur donne pas est la cause des inégalités de ce siècle.

 

Condorcet défend l’égalité naturelle et politique de l’homme et de la femme, milite pour leurs droits de citoyennes, et pense, lui aussi, que c’est l’absence d’éducation qui leur interdit le savoir et le pouvoir, en aucun cas une faiblesse de leur nature. Elles doivent recevoir une éducation digne de ce nom.

 

Autre changement, celui du statut de l’épouse-mère : « la nouvelle vogue du mariage d’amour qui transforme l’épouse en compagne chérie » explique pourquoi l’autorité du mari sur l’épouse n’est plus le pouvoir absolu du souverain sur son sujet, et pourquoi elle n’ est plus traitée comme un enfant

 

2. quête du bonheur et valorisation de l’amour : on cesse de croire que douleur et malheur sont nécessaires au salut de l’âme, et apparaissent une nouvelle aspiration au bonheur, à l’amour-amitié et à la tendresse . Fin XVIIIe, fin du mariage arrangé entre deux familles, niant le droit au bonheur et la liberté individuelle. Mais, comment concilier les intérêts et le bonheur ? Si la jeune fille est libre de choisir son conjoint, il faut qu’elle soit capable de « penser de soi-même », qu’elle soit éduquée, apte à mieux juger. C’est pourquoi, sorties du couvent, les jeunes filles sont de plus en plus élevées à la maison.      Droit à l’amour / Liberté réciproque / Egalité entre époux /

 

Exaltation de la maternité / Tendresse mère-enfant / Responsabilité parentale / Intimité de la vie familiale, nid affectif .

 

 

 

. Le discours des intermédiaires : Pour l’Etat, les femmes sont « responsables de la nation ». Responsabilisées ? Suppliées ? Culpabilisées ? Dans l’Emile, Rousseau écrit : « Du souci des femmes dépend la première éducation des hommes ; des femmes dépendent encore leurs mœurs… Ainsi élever les hommes quand ils sont jeunes, les soigner quand ils sont grands, les conseiller, les consoler… voilà les devoirs des femmes dans tous les temps ». Mais, allaient-elles se laisser convaincre « à remplir leurs devoirs de mère » ?

 

1. le retour à la bonne nature : - « mamelles » et allaitement : leur fonction nourricière. / - lois de la nature = loi divine / - modèle de la femme sauvage, saine et tendre / - exemple des femmes romaines, et explication de la décadence de Rome par la fin de l’allaitement maternel et le recours aux nourrices mercenaires / - modèle des femelles animales, « instinct non dénaturé par l’intérêt, c’est-à-dire l’instinct maternel non détourné par l’égoïsme de la femme » « La femme idéale serait celle qui se rapproche le plus de la femelle. » Est-elle douée de raison, de volonté ? Il ne faut pas l’éduquer, pour qu’elle remplisse son rôle de génitrice.                                En somme, la femme du XVIIIe serait « dénaturée », anormale, une malade ou un monstre (si nature = norme), corrompue, vicieuse, une mauvaise mère (si nature = vertu).

 

2. les promesses : éloge de la beauté des nourrices, joies de la maternité, fidélité du mari, gloire et respect de tous, participation à « l’œuvre de la création » , économies.

 

3. les menaces : refus de l’allaitement = punition dans sa chair, maladies et mort, car la nature saura se venger.

 

= péché contre Dieu : condamnation théologique.

 

= injustice / « droits » de l’enfant au lait maternel.

 

La femme est tenue pour responsable de la survie et de la santé future des enfants, du comportement de son mari (irresponsable, car sa femme est une mauvaise mère), de l’union de la famille, de la puissance de l’Etat.

 

 

 

Chp II   LA NOUVELLE MERE.

 

 

 

. Les preuves d’amour : « Le bébé et l’enfant deviennent des objets privilégiés de l’attention maternelle. La femme accepte de se sacrifier pour que son petit vive, et vive mieux, auprès d’elle ».

 

1. l’allaitement : à partir de 1800, le nombre d’enfants placés par la Direction municipale des nourrices diminue. La     survie des enfants devient  un impératif moral. En progrès.

 

2. l’abandon du maillot et l’hygiène : fin XVIIIe. Mais dans les classes défavorisées, il fallut attendre le milieu du  XIXe. « Une fois ôtée cette armature, tendresse et rapports charnels sont enfin possibles entre mère et enfant ». Caresses maternelles, liberté du corps, langes propres, bains, exercice physique = nouvel amour pour le bébé.

 

3. l’irremplaçable enfant : règne de l’Enfant-Roi, dont la santé est la préoccupation majeure.

 

4. le médecin de famille : place de plus en plus importante au XIXe.

 

5. présence et dévouement : « facteur « temps » qui marque le mieux la distance entre deux générations de femmes ». Surveillance permanente. Fin de l’affection sélective. Limitation des naissances. Moins d’internes.

 

 

 

. Qui est la nouvelle mère ? : classes moyennes, bourgeoisie aisée, non pas les plus défavorisées, ni les aristocrates.

 

1. l’intellectuelle ? : lectrices de l’Emile, peu nombreuses, voulant être la mère rêvée par Rousseau.

 

2. la bourgeoise ? : « ni ambitions mondaines, ni prétentions intellectuelles, ni besoin de travailler aux côtés de leur mari. Celles qui avaient abandonné un siècle auparavant leurs enfants par conformisme, paresse, ou manque de motivation plutôt que par nécessité ».

 

3. l’aristocrate ? : les dernières à changer leurs habitudes, « les femmes qui se veulent au-dessus du vulgaire refusent nettement la rôle de bonne mère de famille ».

 

 

 

. L’intérêt de la maternité : Occasion pour ces femmes bourgeoises d’une promotion et d’une émancipation, que d’autres ne recherchaient pas : devenir « souveraine domestique », responsable des biens et des âmes de la maison. Elle n’est plus «  une enfant », sa responsabilité de bonne mère lui donne un nouveau rôle, celui de « sainte femme ».

 

 

 

. Le retard des classes défavorisées : enfants en nourrice, pour pouvoir rapporter un deuxième salaire à la maison. / Surfécondité / Habitat (une seule pièce) / Abandon et généralisation des hospices / Mortalité infantile.

 

 

 

. Réticences et résistances :

 

1. les négligentes : femmes de classes aisées choisissent une nourrice, à domicile .

 

2. les tricheuses : celles qui font « semblant d’être de bonnes mères », avec nourrice qui s’occupe de l’enfant. Problème / nourrices qui, dès leur accouchement, partent à Paris chercher une place, et dont les enfants meurent, ou sont abandonnés. Attachées aux enfants dont elles ont la garde, elles restaient souvent dans cette famille d’adoption.             

 
3. un mépris persistant : c’est seulement vers 1865-1870 que sont créées dans les grandes villes les Sociétés protectrices de l’enfance, alors qu’existent depuis longtemps les Sociétés protectrices des animaux !

 

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